POURQUOI LE VINYLE N’EST PAS REVENU A LA MODE

Un matin d’avril 1963, sur le quai de la gare de Dartford, en banlieue de Londres, Keith, 17 ans, attend son train, un vinyle volé de Chuck Berry sous le bras.
Un jeune garçon s’avance vers lui. Son visage lui est familier : ils ont fréquenté la même école primaire. Il engage alors la conversation : lui-même possède tous les disques de Chucky Berry, Jimmy Red, Muddy Waters, Howlin’ Wolf, John Lee Hooker…
Cet échange marque l’une des rencontres les plus décisives de l’histoire de la musique du vingtième siècle : celle de Keith Richards et Mick Jagger. Elle donnera lieu à la formation des Rolling Stones, le groupe mythique qui ouvre avec les Beatles la grande époque du rock britannique

Outre son intérêt anecdotique, la rencontre de Mick et Keith nous renseigne sur la valeur que revêtaient les vinyles pour les adolescents des années soixante.
Plus qu’un simple support, le disque symbolise l’engagement à la musique.

Si cette aura du microsillon coule de source à l’époque – en effet, comment écouter un tube de Chuck Berry en 1963 si ce n’est en se procurant le vinyle ? – pourquoi la ressentons-nous toujours ?
Car le vinyle a gardé longtemps une place de choix dans notre imaginaire musical collectif. Que ce soit dans Virgin Suicides, Almost Famous ou Billy Elliot, la galette noire incarne avec nostalgie la libération que représentait la musique à l’époque où on l’écoutait sur vinyle.

Mais ces dernières années, le vinyle est devenu plus qu’un support désuet et mélancolique. Il a retrouvé une place de choix dans la consommation musicale, et pas n’importe laquelle : celle des jeunes générations, les 15-25 ans, qui n’ont pourtant pas connu ses grandes années.
En effet, 1,7 millions de vinyles ont été vendus en France en 2016, ce qui représente une augmentation de plus de 72 % par rapport à 2015, et ce sans compter les 350 disquaires indépendants qui existent en France.
Si les ventes de CDs restent toujours largement supérieures, on peut néanmoins souligner qu’inversement au vinyle, elles ont largement diminué ces dernières années : le poids du CD dans le marché est passé de 65 % à 55 % de 2014 à 2016. La faute, évidemment, aux grandes plateformes de streaming comme Deezer et Spotify.

Mais pourquoi Internet n’impacte-t-il pas aussi la vente de vinyles ? Pourquoi les 15-25 ans sont ils les plus gros consommateurs de microsillons, alors que la musique est toute entière mise à leur disposition, de façon légère, inépuisable et surtout, gratuite ?

Pour répondre à cette question, nous nous sommes replongées dans l’histoire de ce format mythique qu’est le 45-33 tours.

 

 

Le vinyle a été inventé en 1948, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Le très grand succès qu’il rencontre immédiatement doit beaucoup au courant musical qui l’a porté. En effet, le début des années 50 marque la naissance du rock’n’roll, et avec lui, du star-system. L’industrie de la musique se focalise sur un petit nombre d’artistes, qui deviennent rapidement des idoles pour la jeunesse. Pour les adolescents de ces années, les vinyles d’Elvis Presley symbolisent l’amour de la musique, et l’amour de la musique définit leur identité. Le rock’n’roll américain des années 50, puis sa relève britannique des années 60 – orchestrée par nos fameux Keith et Mick, a entraîné un essor conséquent de la consommation de vinyles : en 67, plus d’un milliard de vinyles sont vendus en Grande Bretagne.

La France n’échappe pas au phénomène : en 1951, Eddie Barclay rapporte le vinyle de New-York.
Il deviendra l’objet d’une génération : celle du baby-boom, de Salut les Copains et de la musique yéyé.
Les adolescents français des années 60, comme leurs semblables anglophones et allemands, sont les premiers adolescents à détenir un vrai pouvoir d’achat, et les disques font partie de leurs dépenses principales.
Les maisons de disques sont alors toujours à la recherche de nouveaux talents, et Eddie Barclay organise chaque mercredi des auditions durant lesquelles une vingtaine de postulants tentent leur chance. Il n’en sélectionne qu’un seul, voire deux par an, à qui il propose de graver un disque. Dalida aura cette chance.

Le vinyle vit alors ses plus belles années.

Mais en 1979, la crise économique porte un grand coup à l’industrie du vinyle, et les ventes de microsillons chutent brutalement. Pour relancer la consommation, les géants Philips et Sony décident en 1983 de doper le marché grâce à une innovation révolutionnaire : le compact disc, plus performant, plus petit, plus pratique. Leur stratégie est simple : maximiser les profits en fournissant à la fois le CD et le lecteur qui permet de l’écouter. Le déclin du microsillon est alors orchestré par les géants de la musique.
Le PDG de Warner Music France s’en souvient : « Les grands patrons de l’étranger trouvaient qu’on ne vendait pas assez de CDs, et ont imposé la fin des microsillons. »

C’est avec mélancolie que Pathé-Marconi presse, le 28 février 1990, sort son dernier microsillon : le 33 tours La dernière cire 1910-1990, avec pour pochette la célèbre photo du chien Nipper écoutant la voix de son maître. Et pourtant, cette même année, seuls 20 % des foyers possèdent une platine CD.

Et la stratégie de Philips et Sony s’avère efficace : 1985 marque le début d’un nouvel âge d’or pour la consommation de musique. La rentabilité devient le mot d’ordre, le profit le nerf de la guerre : les directeurs artistiques sont remplacés par des directeurs marketing, qui basent désormais leur sélection sur des études de marché, et plus sur la qualité des artistes.

Cette nouvelle politique trouve en 1984 son symbole : Canal + diffuse le 5 novembre son premier Top 50, un classement des 50 disques les plus vendus. Mauvaise surprise pour les amateurs de musique : le goût des consommateurs fait désormais loi, et il s’avère que les consommateurs ont des goûts de merde – ou, qui, du moins, préfèrent largement Les démons de minuit à Charles Aznavour…

À la tête des maisons de disque, les grands mélomanes comme Jacques Canetti ou Eddie Barclay – ancien chef- d’orchestre de jazz, cèdent la place à des PDG sortis d’écoles de commerce, et tout ce petit monde se met à vendre de la musique comme on vend des yaourts.

Alors que le vinyle était l’apanage des disquaires, le CD se voit catapulté dans les grandes surfaces. La musique n’est plus un trésor à dénicher dans les rayonnages poussiéreux du disquaire du quartier ; c’est un produit de consommation courante, qu’on mélange sans ménagement avec les couches et les poireaux dans les caddies des ménagères.

C’est enfin l’ère du formatage : les radios réclament leur part du gâteau et imposent aux artistes le format du « radio edit ». Les morceaux sont coupés, réarrangés, déformés à outrance, les refrains forcés de surgir avant 30 secondes d’écoute.

Ainsi, en 1997, le magazine Rolling Stones s’interroge :
« Le secteur de la musique a-t-il mangé son pain blanc ? L’arrivée du disque compact avait dopé les ventes. Le hip-hop et quelques nouveaux genres avaient suivi. Mais depuis deux ans, l’euphorie retombe. Suite au matraquage des radios et de MTV, la production musicale s’est homogénéisée à outrance. Nous avons épuisé nos réserves d’or. »

 

En 1999, deux jeunes Américains de 19 ans lancent la plateforme Napster, qui permet de partager sa musique en ligne avec les autres internautes, selon le système du peer-to-peer. Shawn Fanning et Sean Parker deviennent alors le symbole d’une nouvelle époque pour l’industrie de la musique : celle du pillage et de la consommation infinie et immatérielle.

La crise mondiale du disque touche durement les majors de la musique, qui lancent une offensive juridique. Des lois extrêmement restrictives sont mises en place contre les pirates.Mais les poursuites ne sont souvent soutenues ni par les consommateurs ni par les artistes.
Quand un lycéen est condamné pour avoir vendu des disques gravés à 10 000 francs d’amende et un mois de prison avec sursis, Kool Shen commente : « Il a fait quoi ? Vendre 10 CDs copiés de notre album ? C’est pas nous qui allons condamner ça. »

En 2002, quand Noir Désir remporte les Victoires de la Musique, le chanteur Bertrand Cantat remplace le discours traditionnel par une lettre ouverte à Jean Marie Messier, le PDG de l’empire Vivendi-Universal. C’est clairement une attaque : « Non, camarade Jean-Marie, les artistes ne sont pas de la matière inerte. »

Et comment blâmer les musiciens de ne pas défendre une industrie qui les respecte et les paie si peu ? Sur la vente d’un disque, quand la maison de disques touche 52 % du prix hors taxes, seuls 8% reviennent à la création musicale.

Doc Gynéco résume ainsi le malaise :
« A trop jouer avec le feu, on se brûle. L’industrie du disque n’a pas su utiliser le CD. Les majors ont déployé tout leur arsenal de guerre contre le piratage. Le prix à payer, c’est qu’elles se sont fait détester de ceux qui aiment la musique. »


Aujourd’hui, les grandes maisons de disques n’attirent toujours pas la sympathie des artistes et du public. Comme nous l’avons dit, les ventes de CDs ne cessent de baisser sous la pression de la musique immatérielle. Et pourtant, cette pression épargne les ventes de vinyles.

Pour expliquer cette exception intrigante, nous nous sommes penchées de plus près sur les ventes de vinyles. Bien sûr, le vinyle est revenu à la mode. Mais pourquoi ? Qui l’achète ? Et pour écouter quelle musique ?

Evidemment, le rock se taille encore la part du lion dans les ventes de vinyles. La nostalgie des grands tubes des années 60 et 70 se vend toujours très bien : l’année dernière, l’immortel Bowie trônait en top des ventes de vinyle britanniques.

Mais les deux courants musicaux qui produisent le plus de nouveautés en vinyles sont bien plus jeunes et surprenants : il s’agit de la musique électronique et du rap.

Pourquoi cela est-il surprenant ?

Parce que la musique électronique et le rap sont deux courants musicaux nés au milieu des années 80 aux Etats-Unis, soit en pleine agonie du vinyle.

Pour enquêter sur le phénomène du retour au vinyle, on a appelé un de nos vieux amis, Clément Molé, passionné d’électro depuis son plus jeune âge. A quinze ans, il traînait déjà des groupes électrogènes le long des rivières du Sud de la France pour passer du son dans les gorges de Tautavel.
A l’époque, influencés par le grand frère d’un pote, créateur de l’Association Ortaffonic, les garçons de ma bande vivaient pour la musique électronique. Ils n’avaient que Nina Kraviz et Traumer en tête, et sautaient dans un bus pour le Rachdingue, la boîte électro espagnole installée dans l’ancienne demeure de Dali, dès que l’occasion se présentait.

Aujourd’hui, Clément – alias MOLE, son nom de scène, est monté à Paris pour poursuivre sa passion. Avec quelques autres DJs, il a donné naissance à Beau Mot Plage, un label indépendant de house minimal. Avec son partenaire Nicolas Sled, membre du même label, ils nous parlé de cette branche très particulière de la musique électronique, qui s’inspire de la house en la complexifiant par un rythme plus groovy, des kicks plus ronds et une grande diversité d’influences. Nicolas a.k.a Sled, après deux cycles complet de conservatoire, a découvert la musique électronique il y a cinq ans. Il a rapidement commencé à produire – ce qui, dans le jargon, signifie composer. Son label, Latence Soundsystem, s’est déjà produit une fois au Rex Club et deux fois aux Petits Bains.

Si le vinyle s’impose à eux comme une évidence, et même un devoir, c’est d’abord pour la chaleur et la présence qu’il donne au son. « Avec Beau Mot Plage, on a choisi de ne produire que des releases sur vinyle. Y’a un crépitement, une chaleur et une présence du son que tu trouves pas sur release digitale. »

Mais c’est aussi, nous expliquent les deux DJs, pour l’amour d’une technique particulière : celle du mix. Malgré l’existence de logiciels comme Tractor, qui permettent d’effectuer le même travail qu’une platine vinyle plus facilement, Nicolas et Clément préfèrent le mix à l’ancienne.

« Le principe du mix, nous résume Nicolas, c’est de passer différents morceaux les uns après les autres. Tu poses tes vinyles sur les platines, et le but c’est de les caler au même tempo. Donc tu as ton premier morceau, tu écoutes le second avec ton casque, et tu le ralentis ou tu l’accélères si besoin. »
« Je préfère mixer avec des vinyles parce que je me sens plus en confiance, plus à l’aise que quand une machine fait le travail à ma place. »
Mixer des vinyles, c’est donc aussi privilégier une technique manuelle, un savoir-faire.

Mais pour cela, évidemment, il faut des vinyles.

Pour se procurer de nouveaux morceaux, les deux DJs se rendent jusqu’à plusieurs fois par semaine chez le disquaire. Nous avons suivi Clément dans sa boutique préférée : Techno Import, près de Bastille.

En entrant chez Techno Import, on est tout de suite pris par l’ambiance. Des néons colorés fixés le long du plafond diffusent une lumière métallique. Il a beau être quinze heures trente et faire un beau soleil rue de la Roquette, l’intérieur du disquaire est sombre comme une cave. On dirait qu’il n’a jamais fait ni jour ni nuit ici. A notre entrée, Mazen, le disquaire, est déjà en train de piocher dans les bacs pour nous préparer une sélection. « On se connaît bien avec Mazen, on se retrouve souvent le soir pour faire des apéros, mixer dans la boutique. »
Pour ce vieux de la vieille, qui vend des vinyles depuis bientôt 25 ans, le retour du vinyle s’explique aussi par le plaisir de mixer. « Avec le vinyle, nous dit-il, c’est pas du tout le même délire qu’avec un système informatique préconçu : tu dois apprendre à vraiment écouter la musique, à te concentrer dessus, pour pouvoir la partager et t’amuser avec tes potes. »

Si le vinyle permet de réapprendre à écouter la musique, c’est aussi par la sélection qu’il implique. Mazen reçoit plus de 200 nouveautés par semaine. Sélectionner les morceaux qu’ils veulent passer demande à nos DJs de longues heures de « digging ».
« Acheter un vinyle, ça demande de faire un véritable choix. C’est pas comme sur Internet, ou tu peux écouter et télécharger des sons à la chaîne. D’abord, ça a un coût – le budget vinyle, c’est pas négligeable pour un DJ. Ensuite, un morceau de minimal, ça dure entre 6 et 12 minutes… et t’es obligé de l’écouter jusqu’au bout, parce que parfois, le son ne démarre pas tout de suite. Y’a même des artistes qui font exprès de mettre les meilleurs moments à la toute fin du morceau, pour te forcer à l’écouter jusqu’au bout. Et t’es obligé de te décider, parce que chaque vinyle n’est pressé qu’à 300 exemplaires, et on sait jamais quand les releases sont rééditées. »

En effet, la distribution des vinyles de musique électronique ne se fait pas à grande échelle. Dans ce milieu, l’indépendance d’un label est un aspect déterminant, voire, nous l’explique Nicolas, nécessaire.
« La house minimal s’adresse à un public de connaisseurs. Quand je joue, je joue devant un public d’égaux qui m’attendent au tournant. Pour un label, c’est la même chose, il faut être implanté dans le milieu et en connaître les codes pour avoir une crédibilité et pouvoir s’implanter. Les gens qui aiment la house minimal ne sont pas sensibles à la grande distribution et à la publicité. »

Autrement dit, en ce qui concerne la musique électronique, les plus grandes maisons de disques ne sont pas de taille à toucher un public qui cultive sa marginalité.

Nous nous sommes ensuite penchées sur une autre musique qui aime à cultiver sa marginalité : le rap français.

L’histoire du rap français a débuté dans la rue au milieu des années 80. Venu des Etats-Unis, la nouvelle énergie initiée en 1979 par le Sugarhill Gang donne aux enfants oubliés de la France une nouvelle voix à faire entendre.
Le rap s’impose dès sa naissance comme un phénomène qui dépasse la seule sphère musicale : les textes des premiers groupes mythiques comme Suprême NTM, IAM ou Oxmo Puccino reflètent la réalité sociale et politique d’une époque et d’une population particulière.

Pour mener notre enquête, nous avons rejoint le rappeur Lomepal à la sortie d’un studio près de Strasbourg Saint-Denis.

Lomepal est un rappeur de 25 ans, originaire du sud parisien. Il a fait ses débuts en 2011, avec un premier EP intitulé 20 Mesures, et évolue depuis entouré des nébuleuses qui portent le rap parisien – avec des artistes comme Nekfeu, Doum’s, Georgio… Il sortira son premier album en juin.
Si nous avons choisi d’interroger Lomepal, c’est parce qu’il incarne à nos yeux ce que le rap français indépendant sait produire de meilleur : un style complètement libre et original, affranchi des codes.
« J’ai mon studio chez moi maintenant, j’aime bien bosser tout seul. Les gens me perturbent. Là, pour enregistrer mon album, on m’a avancé une montagne de tunes, mais je reste quand même indépendant en ce qui concerne la création.»

Et cette indépendance artistique se ressent dans l’univers qu’il propose :
« Je dirais que je suis assez marginal. J’aime bien montrer que je ne suis pas comme les autres. Je peux me permettre de faire ce que je veux parce que j’en ai rien à foutre de mon image, et c’est ça qui m’a construit : d’en avoir rien à foutre des autres rappeurs, de la rue, quand beaucoup de gars autour de moi s’en inquiètent. »
« Mon univers, c’est du je-m’en-foutisme, quelqu’un de lambda qui se permet des trucs ».
Car si Lomepal n’est jamais gangster plein aux as, il est par contre tour à tour roi du monde mégalomane, tueur psychopathe en série, robotisé et cloné à l’infini.
Loin des standards, ses textes léchés, les personnages étranges et originaux qu’il invente ne correspondent à rien de ce qui se fait ou s’est fait.

Lomepal, comme beaucoup de rappeurs de sa génération, a commencé à se diffuser via des vidéos YouTube. Aujourd’hui, on trouve ses EP Cette foutue perle, Seigneur et Majesté chez le disquaire du coin.

Quand on lui a demandé ce que ça lui faisait, d’être passé d’un support immatériel au microsillon, il nous a répondu :
« Le premier vinyle que j’ai sorti, c’est celui de Cette foutue perle, et c’était surtout sur l’initiative de Meyzo, le DJ qui a fait toutes les prod’ de l’EP. Moi, je m’en fous un peu : ma musique, je l’écoute avec des écouteurs tout pourris, et je pourrais l’écouter avec n’importe quoi. Lui, c’est un fou du vinyle, il vit à Poitiers et des fois il se lève à 2h du matin pour prendre sa bagnole et arriver à la Foire du Vinyle à Amsterdam avant tout le monde… »
« Le retour du vinyle dans le rap, je pense que c’est dû au fait qu’il y a toute une idéologie du ‘c’était mieux avant’. Le hip-hop, c’est quand même un des mouvements musicaux qui a l’histoire la plus courte. Ca a explosé dans les années 90, et énormément changé dans les années 2000. Il y a beaucoup de gens qui sont restés attachés à la génération d’avant, tout un mythe s’est créé autour de ça. Je pense qu’aller chez le disquaire acheter un vinyle, c’est une façons pour les fans de défendre ce truc-là. »

 

 

Le retour du vinyle est donc un phénomène bien plus profond qu’un effet de mode.
Le vinyle est la nostalgie d’une époque révolue, où la musique était symbole de liberté. Pas étonnant que la musique électronique et le rap, qui prônent tous deux une création musicale indépendante, se le réapproprient aujourd’hui.
A l’inverse du CD, il n’a jamais perdu sa noblesse, et ne s’est jamais prostitué pour la consommation de masse.
Son retour montre la volonté de la jeunesse d’aujourd’hui d’affirmer à nouveau son engagement à la musique et l’intemporalité de ses goûts.
C’est un choix d’autant plus symbolique dans une époque où la tendance est à la consommation rapide et à la jouissance éphémère.

Acheter un vinyle, c’est finalement rendre la musique à ceux qui l’aiment et qui la respectent.

 

 

 

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